OK
Accueil du site > > Vos technologies > Ressources et technologies > Les mécanismes de compensation d’émission de CO2

Les mécanismes de compensation d’émission de CO2

Partager cet article Version imprimable de cet article Version imprimable

Entretien avec François Beaurain, chef de projet au sein de la société South Pole Carbon Asset Management, basée à Zurich.

Pouvez-vous décrire brièvement votre parcours ?

Après une carrière académique, je me suis reconverti dans les énergies renouvelables grâce au Mastère spécialisé mise en place par l’ENSAM. C’est durant mon stage de fin d’étude effectué au sein de l’arer que je me suis initié aux notions de comptabilisation du CO2 et de MDP. Passionné par ce dernier et comprenant l’utilité et le potentiel de cet outil de financement pour les technologies propres, j’ai participé à mon retour en métropole au lancement d’un cabinet de consultant spécialisé à Paris : Ecosur. Je travaille maintenant depuis deux ans à South Pole Carbon à Zurich comme project manager.

Quelle est l’activité de South Pole Carbon Asset Management ?

South Pole Carbon est un développeur de projets MDP. Nous préparons pour nos clients toute la documentation nécessaire à l’enregistrement d’un projet MDP et assurons la commercialisation des crédits carbone générés. SP est un réseau de 70 consultants spécialisés dans le MDP. Nous sommes présents dans plusieurs régions du globe : Asie, Moyen-Orient, Amériques et Afrique.

Pouvez-vous nous rappeler en quelques mots, ce qu’est le marché du carbone ?

Il existe plusieurs et pas un seul marché du carbone. Tous dérivent directement ou indirectement (marché volontaire) des accords de Marrakech en 2001 et permettent les échanges de tonne de CO2 entre un « compensateur » et un « compensé ».

Le principal marché du carbone est le marché des quotas de CO2 mis en place par l’UE et concerne plusieurs milliers de sites industriels européens à qui ont été attribués des quotas de CO2. Dans ce marché sont acceptés (dans une certaine limite) depuis 2008 les crédits carbone issus du MDP.

Le marché volontaire est beaucoup plus petit et comprend tous les personnes morales ou physiques en dehors du protocole de Kyoto qui désirent compenser volontairement leurs émissions de GES. Cela peut être par exemple un citoyen européen désirant compenser ses vols en avion ou encore une entreprise américaine entreprenant une démarche de compensation de ces émissions.

Les marchés volontaires et obligataires ne sont pas miscibles même si ils sont régis par des règles et des intentions similaires.

Je n’aime pas et je m’oppose à l’expression de « droit à polluer », car elle traduit une vision simpliste des problèmes de compensation/réduction des émissions de CO2. Un projet de compensation permet à un acteur de se dégager d’une partie de ces obligations de réduction « à la maison » mais il permet surtout aux pays en voie de développement de bénéficier d’une manne financière non négligeable et d’un accès à des technologies plus propres. Pour l’avoir vu par moi même, le MDP permet aussi d’introduire des notions de « consultation publique », d’ « étude d’impacts » et plus généralement de développement durable dans certaines parties du globe où elles en sont absentes. Le MDP s’apparente ainsi à une sorte de cheval de Troie du développement durable.

Dans le cadre de votre travail, vous maîtrisez les mécanismes de compensation d’émission de CO2 associés au Protocole de Kyoto. Pouvez-vous nous les décrire brièvement (commerce des droits d’émission, mécanisme de développement propre, mise en œuvre conjointe) ?

Né des accords de Marrakech en 2001, le MDP est un des mécanismes de souplesse du Protocole de Kyoto, il en est aussi le plus connu. Il autorise les pays Annexe 1 dudit protocole (ceux avec un objectif de réductions) à effectuer une partie de leurs réductions à travers le financement de projets de technologie propre dans les pays en voie de développement.

Afin de garantir une réelle réduction des GES, le MDP doit permettre de financer uniquement des projets qui n’auraient pas lieu sans l’appui financier des crédits carbone. Cette notion est appelée additionalité et est la clef de voute du MDP.

L’entrée en vigueur en 2005 du PK a permis depuis l’enregistrement de 1700 projets et la réduction de plusieurs de centaines de millions de tonne de CO2

De manière générale, quels en sont les principaux obstacles pour un territoire insulaire ?

Le principal obstacle au MDP dans les territoires insulaires est la taille réduite des projets. Le MDP est un mécanisme risqué et d’une complexité exagérée. On peut estimer que les coûts de développement d’un projet MDP sont fixes et compris entre 50 et 100k€. Avec une tonne de CO2 autour de 10€ il faut des projets de quelques dizaines de milliers de tonnes pour justifier la mise ne place d’une telle démarche. Pour info, 20000 tonnes de CO2 correspond à peu près à un parc éolien de 20 MW. A ma connaissance, Il n’y a pas encore beaucoup de projets de cette taille sur les îles, nous entendons plus souvent parler d’initiatives de quelques MW ou quelques centaines de kW.

Pourtant il existe une alternative applicable à des projets de petite taille à développer dans les îles : la compensation volontaire. Quel en est le principe ?

La compensation volontaire est une alternative légèrement plus facile à mettre en œuvre que le MDP, elle permet donc d’engager moins de frais. Cela reste néanmoins une démarche lourde et dans certains cas uniquement plus adaptée aux contextes des îles.

Il est à noter aussi que certaines îles n’ont pas ratifié le protocole de Kyoto (ou n’ont pas les outils nécessaires pour le faire appliquer), le MDP y est donc impossible et la compensation volontaire l’unique alternative.

Le contexte économique et environnemental actuel incite les îles à se tourner vers plus d’autonomie énergétique. Leurs stratégies favorise l’association de plusieurs sources d’énergies locales (solaire, éolien, énergie de la mer, géothermie, etc.). La démarche compensation volontaire/MDP est-elle adaptée au développement d’un mix énergétique insulaire ?

Le MDP est un outil dessiné pour mesurer et récompenser les réductions d’émission qui ont lieu grâce à une initiative précise sur un lieu précis. Le MDP ne s’est pas par contre encore révélé comme un outil pertinent pour promouvoir les réductions de CO2 diffus (habitat, transport…). Afin d’y remédier, l’UNFCCC a autorisé de grouper sous un même dispositif plusieurs projets similaires porté au sein d’un même programme. Cet outil appelé PoA (Programm of Activity) permettrait ainsi en théorie de diminuer les coûts d’entrée et les délais nécessaires à l’enregistrement d’un MDP et donc ainsi la taille minimale des projets. Le PoA est donc l’outil idéal à une politique de promotion des technologies propres ou d’efficacité énergétique.

De nombreux standards se sont implantés sur le marché du carbone. Que garantissent-ils ? Les projets de compensation volontaire peuvent-ils bénéficier de ces standards ? Dans quelles mesures ?

Le marché volontaire est différent du marché obligataire (lié au protocole de Kyoto). Dans le marché obligataire, les « compensés » achètent des tonnes de CO2 souvent sans en regarder l’origine. Dans le marché volontaire, les « compensés » achètent plutôt une histoire que des volumes de CO2. Ils sont effectivement plus sensibles aux impacts liés au projet et à son contexte (un particulier a plus envie de compenser les émissions à travers un projet communautaire en Afrique qu’à travers un gros projet d’efficacité énergétique dans la sidérurgie). C’est pour répondre à cette demande de qualité que s’est créée une jungle de standards volontaires.

Dans le cadre du marché volontaire, qui est plus volatile et risqué que le marché MDP, il est primordial de choisir le standard qui garantit un maximum la qualité des crédits pour l’acheteur. A notre avis et à ce jour, le Gold Standard est le plus à même d’apporter ces garanties. Il reprend toutes les exigences et la sévérité du MDP mais en insistant sur les consultations locales, les impacts sociaux, économiques et environnementaux du projet.

Entre autres, vous vous chargez actuellement de l’enregistrement auprès du Gold Standard d’un projet d’implantation d’éoliennes en Nouvelle Calédonie. Quelle sont les difficultés rencontrées ?

Méconnaissance du MDP et de la notion de crédit carbone ; l’enregistrement d’un tel projet nécessite les interviews de plusieurs acteurs locaux (associatifs et politiques) qui ne connaissent pas ces notions. Cela peut donner lieu à des incompréhensions et des quiproquos.

Éloignement ; il est difficile de trouver des certificateurs disposés à se déplacer sur le terrain (malgré les atouts de l’île).

Taille du projet ; bien que sûrement le plus gros projet éolien du Pacifique, ce projet reste néanmoins un lilliputien par rapport à d’autres parcs éoliens (SP fait enregistrer plusieurs centaines de MW d’éolien en ce moment à Taiwan par exemple)

En conclusion, que conseilleriez-vous à une île ou un petit territoire qui souhaiterait se lancer dans ce type de démarche ?

En tant que consultant MDP, Il me serait difficile de dire autre chose, mais je crois effectivement que la complexité des marchés carbone et des procédures MDP rendent le consultant MDP indispensable.

J’espère qu’un jour l’UNFCCC entendra la voix des petits et autorisera des modalités simplifiées pour les « petits » projets de compensation. Ce jour là, le MDP deviendra alors plus accessibles aux oubliés du MDP c.à.d. l’Afrique et le Pacifique.

Tenez vous informé !

L'arer, une équipe
Accès à la médiathèque
La carte des projets
Nous contacter
Les acteurs de l'énergie
Bonjour !

Nous vous informons que depuis juillet 2013 l'arer est devenue une société publique locale : Energies Réunion.

Ce changement de statut nous a permis d'élargir nos champs d'action et de renforcer nos compétences.

Nous vous invitons à vous rendre sur notre nouveau site web energies-reunion.com. Le site arer étant riche en documentation, il restera accessible encore quelques temps.

x